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Résumé

« comment s’invente aujourd’hui la justice internationale pénale ? elle tâtonne, “bricole”. sa volonté d’être vraiment internationale la contraint à un dispositif technique très particulier : aux procédures théâtrales qui assurent la protection des témoins par leur anonymisation (la voix est transformée, un rideau est tiré entre le témoin et les accusés) se mêlent des traductions simultanées, des transcripts qui défilent sur écrans – autant de dispositifs qui imposent un débit de parole et une rhétorique tout à fait singulière (parler lentement, attendre 5 secondes entre chaque locuteur).

cette justice navigue ainsi entre les glitchs technologiques (les casques ne fonctionnent pas, les écrans se bloquent, les traducteurs sont perdus), et d’incessantes précautions pour se prémunir contre toute accusation d’ethnocentrisme ou de néocolonialisme. car les catégories juridiques de la cpi cadrent parfois mal avec le discours des témoins, fussent-ils ceux de l’accusation : la magie et les fétiches sont des catégories difficilement reçues par la cour, alors que la définition même des liens de parenté et les descriptions toponymiques ou topographiques les plus simples semblent faire défaut et minent les charges posées par le procureur à l’encontre des accusés. deux fils s’entrecroisent ainsi, dans bogoro : la trame narrative liée à l’attaque d’un village ; le déroulé procédural interrompu régulièrement par des péripéties liées au fonctionnement même de la cour, juridique ou technologique. deux fils qui n’en sont, en réalité, qu’un seul, car la première narration est en partie produite par les règles mêmes de fonctionnement de la cour, et par la façon dont ont été menées, en amont, les enquêtes du procureur.

en ressort une dimension anthropologique enfouie dans la parole des acteurs, et non remarquée lors du procès, si ce n’est sur le mode de l’obstacle à la progression du droit. mais pourquoi la poésie, et non un essai ? dans une tradition de la poésie objectiviste, le travail sur les documents originaux est irremplaçable. seul ce travail documental permet de donner accès, verbatim, aux paroles des acteurs, et de montrer, dans toute leur finesse et leur plasticité, les moments où des mondes se rencontrent ou, au contraire, divergent. nul besoin alors d’adopter un langage savant cherchant à décrire, d’un point de vue surplombant, la situation. il suffit de correctement choisir les « moments » adéquats dans l’énorme masse documentale disponible.

une pratique forensique d’écriture consiste à produire des descriptions « épaisses », des redescriptions qui ne sont pas uniquement issues des catégories de l’institution-mère (ici le droit international pénal) mais qui incluent celles de tous les acteurs en présence, sans hiérarchie préétablie. le droit n’est plus la lingua franca qui traduit ce que disent les témoins, il est un vocabulaire parmi d’autres au sein d’une situation collective. celui des dispositifs technologiques comme celui des sorciers en sont d’autres, et tous concourent à l’accomplissement d’une même action (un procès). ainsi, des cosmogonies inattendues s’établissent, ou se rétablissent, sous nos yeux. »

*

notes sur le dispositif d’écriture

« bogoro suit la chronologie d’un des premiers procès de la cour pénale internationale, à la haye, le procureur vs germain katanga et mathieu ngudjolo (2007-2014). le texte est composé de quatre parties : la première partie donne la parole aux témoins du procureur, anciens enfants- soldats, à la fois victimes de la guerre et participants actifs aux massacres ; la seconde donne la parole aux victimes ; la troisième, aux témoins de la défense ; la quatrième rend compte, dans un retournement un peu théâtral, de la crédibilité des témoins telle qu’elle fut évaluée dans le jugement de la cour.
au sein de chaque témoignage, non seulement l’indication temporelle des jours d’audience a été conservée, mais aussi et surtout, l’architecture éditoriale des transcripts : le report des numéros de ligne originaux permet de transporter, au-delà du texte même, quelque chose du document juridique. le lecteur peut ainsi savoir lorsque des coupes et des sutures ont été opérées, et où elles l’ont été. il semblait qu’il y avait quelque chose d’éthiquement juste à conserver ces chiffres pour permettre au lecteur de considérer les actions effectuées sur les matériaux d’origine et, éventuellement, de retourner vers ces derniers. chaque témoignage est organisé selon la règle anglo-saxonne du contradictoire : l’interrogatoire permet d’élaborer une narration de l’événement depuis la perspective du témoin, mise à l’épreuve ensuite par un contre-interrogatoire (appuyé parfois par des contre-témoins). le passage au gris signale l’irruption régulière de problèmes procéduraux ou technologiques. ce sont eux qui, d’une certaine façon, rythment les audiences.
enfin, une technique d’écriture, à la fois simple et utile, aura été d’utiliser un système de mots-clés pour qualifier certains paragraphes. cette technique permet de créer des échos d’un témoignage à l’autre, puisque les mêmes thèmes sont à chaque fois repris, diminuant ainsi l’effet de coq-à-l’âne que pourraient éprouver des lecteurs de romans. mais cette technique offre aussi la possibilité de passer d’une lecture linéaire à une lecture tabulaire : en choisissant, depuis l’index, un tag comme fil directeur, le lecteur pourra alors traverser d’une tout autre manière la masse de l’ouvrage.
la composition d’un index est une opération d’écriture (louis zukofsky, par le passé, en a signé l’importance). les mots-clés n’ont pas été apposés systématiquement à chaque occurrence d’un thème – leur apparition invite plutôt à une attention particulière de lecture, elle rend sensible aux dimensions pointées et contribue à la formation d’une « vision professionnelle ». dans cet index, les mots-clés se répondent entre eux et en viennent, parfois, à fonder des familles, des familles bien étranges, où l’hétérogène et l’inattendu viennent disputer l’aune de nos représentations trop rapidement montées en généralité. la mise en pages a été élaborée depuis un format 18 x 22 cm. ce dernier a été choisi pour conserver la longueur de la ligne du document d’origine, sans la briser.

Sommaire

charges
I.
p-280 - identité protégée
et son contre-témoin d02-146/d03-0340 - akurotho obia jean-marie
p-279 - identité protégée
et son contre-témoin d02-0147 /d03-0236 - bachueki mbakama nathanaël
p-28 - identité protégée
et ses contre-témoins : d02-136 - jonathan dubatso baguma katanga
d02-001 - david achele adirodu
d02-259 - bonheur mugangu awenya
d02-134 - alain mula metu
d02-501 - victor rumbale mbagyele
d02-161 - identité protégée
II.
v-4 - identité protégée
p-268 - identité protégée
p-161 - identité protégée
p-323 - identité protégée
p-249 - identité protégée
p-132 - identité protégée
p-219 - identité protégée
p-353 - identité protégée
III.
d03-088 - emmanuel ngabu mandro
d02-300 - germain katanga
IV.
crédibilité des témoins / jugement
index des tags
notes sur le dispositid d’écriture
postface

Presse

  • franck leibovici et Julien Seroussi · bogoro

    Le Monde des livres 2 décembre 2016

    JPG (370 ko)

Caractéristiques

Editeur : Questions Théoriques

Auteur(s) : franck leibovici, Julien Seroussi

Collection : Réalités non couvertes

Publication : 20 octobre 2016

Edition : 1ère édition

Intérieur : Bichromie

Support(s) : Livre papier

Poids (en grammes) : 600 (Livre papier)

Langue(s) : Français

EAN13 Livre papier : 9782917131466

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